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Communiqué du Centre d'Action Laïque 27-01-2012
Bricolage autour d’un prétendu tronc commun
Une fausse bonne idée
La Ministre de l’Enseignement obligatoire a proposé ce mardi 17 janvier de créer, dès le fondamental, un « tronc commun » à tous les cours de religion ou de morale. Tronc commun dont les trois grands axes seraient le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à la citoyenneté active.
Si l’idée est belle, le crime sera-t-il gai pour autant ?
Proposer l’extension de fondements constitutifs du cours de morale laïque, dénommé pudiquement non confessionnel, à savoir le questionnement philosophique, l’éducation à la citoyenneté en y ajoutant une touche de dialogue interconvictionnel, n’est certainement pas pour déplaire aux partisans du Libre examen, de l’épanouissement individuel, de l’esprit critique et de la liberté de conscience.
Cependant, si les modalités sont une chose, le contenu demeure, lui, bien sûr essentiel. Et, à cet égard, bon nombre de questions demeurent …
Un cours à ne pas mettre entre les mains de n’importe qui
Tout d’abord, comment vont se débrouiller les professeurs accrédités pour les différents cultes pour aborder ces questions en étant dégagés de leurs convictions confessionnelles, de leurs croyances et des règles morales qui y sont accolées ?
Au vu de la réalité scolaire, imaginer que quelques heures de formation, à l’image des certificats à la neutralité, changeront l’approche de la question et l’impact des référentiels personnels et hiérarchiques sur les référentiels communs semble illusoire !
On ne nous fera jamais prendre les messies pour des lanternes et l’esprit des Lumières pour être agité doit être intégré, vécu et partagé pour être réel et pertinent. De même, enseigner certaines matières suppose aussi d’avoir les qualifications requises (on ne s’improvise pas professeur de philosophie …).
Pourquoi limiter l’initiative si elle est si belle ?
Et en matière de généralisation d’une belle mesure, cette base commune, ce référentiel commun répondant à un désir légitime de dialogue, d’ouverture d’esprit, de confrontation des idées, pourquoi pourrait-il faire du bien aux cours confessionnels de l’enseignement officiel et rester à la porte de l’enseignement confessionnel ?
Voudrait-on cautionner une différence entre les établissements pour tous et les établissements de bien-pensants ouverts à tous mais pour suivre le chemin d’une seule confession ?
Là nous ne sommes plus dans la mesure intéressante et donc séduisante mais dans la mesure parcellaire qui s’arrête sur le parvis des écoles catholiques.
Une demi-mesure en trompe-l’œil
En fin de compte, le seul résultat prévisible à attendre de ce projet, ce sera de permettre, quelques heures durant, à des jeunes d’être beau et malin à la fois, en quittant les méandres confessionnels pour laisser la place au dialogue intercultuel. Mais un dialogue où les non-croyants se retrouvent toujours biens seuls ou, du moins, en minorité arithmétique.
Alors ne nous accrochons pas à la sauvegarde d’un monument, d’un arrangement philosophique belge, un pacte ancestral, et réfléchissons pour débarrasser le système scolaire de tous les catéchismes et offrons aux jeunes, à tous les jeunes, un référentiel commun à partager dans leurs écoles et dans leurs cours pour les préparer à intégrer le multicultualisme dans une société multiculturelle soucieuse de l’espace commun et des libertés individuelles.